Depuis mon enfance en Syrie, j’entends la même explication. Quand quelque chose va mal au Moyen-Orient, la réponse est presque toujours la même : Israël. Dictatures, corruption, islamisme, échecs économiques, guerres civiles… tout finit par être attribué à l’État juif. Cette obsession n’a pas disparu. Elle s’est même exportée en Occident. Et si cette incapacité à regarder les responsabilités réelles était l’une des racines du problème ?
Au Moyen-Orient, tout finit toujours par être attribué à Israël.
La pauvreté qui règne dans le monde arabe alors que certains pays comptent parmi les plus riches en pétrole ? La faute à Israël.
Les dictatures ? La faute à Israël.
Les islamistes ? La faute à Israël. On nous explique même parfois qu’Israël aurait créé le Hamas. Curieusement, plus personne ne parle du Qatar, de l’Iran, des Frères musulmans ou des dizaines d’années de financement, d’endoctrinement et d’armement qui ont transformé ce mouvement en machine de guerre. Plus personne ne parle des millions versés par les Occidentaux via l’UNRWA ou autre, des millions qui ont servi à enrichir le Hamas, pas les Palestiniens dits civils, ainsi que la culture de la haine et de la violence. Et c’est toujours la faute d’Israël.
Les peuples arabes souffrent ? C’est encore la faute à Israël. Jamais celle des dictateurs qui s’accrochent au pouvoir depuis des décennies. Jamais celle de la corruption qui dévore les États. Jamais celle des milliards de dollars et d’euros versés par l’Occident, l’Union européenne ou certains pays du Golfe, qui finissent trop souvent dans les poches des corrompus plutôt qu’au service des populations.
Même lorsque des mouvements terroristes à Gaza massacrent, torturent, violent, volent et oppriment leur propre peuple, la responsabilité disparaît comme par magie. Ni certains gouvernements européens, ni de nombreux gouvernements arabes, ni la rue arabe, ni la gauche occidentale ne trouvent les mots pour condamner clairement les bourreaux du Hamas. Mais Israël, lui, reste coupable.
L’Iran finance des milices dans toute la région, ruine son économie, réprime sa population, poursuit ses ambitions nucléaires, menace depuis quarante ans de détruire Israël, déstabilise le Liban, la Syrie, l’Irak et le Yémen. Pourtant, dans de nombreux discours, la faute revient encore à Israël.
Le Hamas a transformé Gaza en forteresse militaire plutôt qu’en État. Il a investi dans les tunnels plutôt que dans les écoles, dans les roquettes plutôt que dans l’économie. Il a déclenché le 7 octobre le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah. Puis il a entraîné Gaza dans une guerre dont les habitants paient aujourd’hui le prix. Pourtant, pour beaucoup, la responsabilité première reste celle d’Israël.
Le Hezbollah a transformé le Liban en avant-poste iranien, construit un État dans l’État, accumulé des dizaines de milliers de missiles en violation des résolutions internationales. Mais là encore, la faute serait celle d’Israël. Israël qui ne fait que répliquer aux missiles lancés depuis des décennies. Nasrallah promettait la mort d’Israël, Israël devait rester sans rien faire, et c’est toujours de sa faute s’il tente de se défendre.
Voilà, depuis des décennies, Israël sert de bouc émissaire idéal pour les islamistes, pour les dictateurs et pour cet Occident complice qui prête son oreille plus à des idéologies qui veulent sa destruction.
Pourquoi tant de sociétés arabes ont-elles échoué à construire des institutions solides ?
Pourquoi tant de pays riches en ressources naturelles restent-ils prisonniers de la corruption, du clientélisme et de l’autoritarisme ?
Pourquoi les islamistes continuent-ils à séduire malgré les catastrophes qu’ils ont provoquées partout où ils ont pris le pouvoir ?
Pourquoi les guerres les plus meurtrières du Moyen-Orient ont-elles opposé des musulmans à d’autres musulmans ?
Comptez les victimes des islamistes en Syrie, en Irak, au Yémen, en Algérie ou au Soudan. Comparez-les aux pertes causées par Israël dans des guerres menées pour sa survie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pourtant, l’indignation mondiale semble souvent fonctionner à sens unique.
Mais le phénomène ne se limite plus au Moyen-Orient.
En Occident aussi, Israël est devenu le responsable commode de tout ce qui ne fonctionne pas. Pour se faire applaudir par les antisémites de la rue arabe, un président comme Macron devient obsédé par Israël et se met à parler comme l’extrême gauche. Le même Macron déroule le tapis rouge à un djihadiste qui massacre les minorités en Syrie. Macron ne dira pas un mot. Ni lui ni son parti, bouche cousue.
L’antisémitisme progresse ? Certains expliquent que c’est la faute d’Israël.
Les tensions communautaires augmentent ? La faute d’Israël.
Des étudiants glorifient le Hamas ou justifient le terrorisme ? Encore la faute d’Israël.
Israël est ainsi devenu le seul pays au monde dont l’existence même est constamment placée sur le banc des accusés.
Lorsqu’il se défend, il est coupable.
Lorsqu’il fait preuve de retenue, il est coupable.
Lorsqu’il prévient les populations civiles avant ses frappes, il est coupable.
Lorsqu’il soigne des Palestiniens dans ses hôpitaux, il est coupable.
Lorsqu’il négocie, il est coupable.
Lorsqu’il refuse de céder, il est coupable.
Lorsqu’il se défend, il est coupable.
Lorsqu’il gagne une guerre, il est coupable.
Lorsqu’il accepte des compromis, il est coupable.
Le paradoxe est saisissant. Ceux qui réclament sans cesse qu’Israël assume ses responsabilités sont souvent les mêmes qui refusent toute responsabilité aux autres acteurs de la région.
Le Hamas n’est plus responsable de Gaza.
Le Hezbollah n’est plus responsable du Liban.
L’Autorité palestinienne n’est plus responsable de ses propres échecs.
L’Iran n’est plus responsable de son expansionnisme.
Tout finit par converger vers un seul accusé.
Cette obsession est devenue si mécanique qu’elle relève du réflexe. Israël est présumé coupable avant même l’examen des faits.
Or il existe un mot pour désigner le fait d’appliquer à l’État juif un traitement que l’on n’applique à aucun autre État, de lui imposer des standards que l’on n’exige de personne d’autre, et de lui attribuer des responsabilités qui ne sont pas les siennes.
Ce mot est connu.
Il s’appelle l’antisémitisme.
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