La France envisage de nouvelles sanctions contre des Israéliens impliqués dans des violences en Judée-Samarie. Selon Jean-Noël Barrot, il s’agit d’« appeler le gouvernement israélien à ses responsabilités ».
Au-delà même de la question de l’ingérence et de la place de la France pour donner des leçons, on peut comprendre qu’un État doive lutter contre les violences commises par certains de ses ressortissants et faire respecter la loi.
Mais alors une question simple se pose : pourquoi cette exigence disparaît-elle dès qu’il s’agit de la Syrie ?
Car enfin, de quoi parlons-nous ?
Depuis des mois, des témoignages, des rapports et des enquêtes font état de massacres de civils alaouites sur la côte syrienne, d’enlèvements, d’exécutions sommaires et de violences contre les Druzes. Des familles entières vivent dans la peur. Des villages ont été attaqués. Des minorités religieuses s’interrogent sur leur avenir.
Des chrétiens ont également été agressés, intimidés et victimes de violences à Damas et dans d’autres régions du pays. Au même moment, le président français s’indignait publiquement qu’un patriarche ne puisse célébrer une messe à Jérusalem — rappelons-le, en raison des tirs de missiles iraniens visant Israël.
Mais pas un mot sur les chrétiens de Syrie.
Pas un mot sur les violences qu’ils subissent.
Alors où sont les sanctions françaises ?
Où sont les menaces européennes ?
Où sont les déclarations indignées du Quai d’Orsay ?
Où sont les mesures destinées à appeler le gouvernement syrien à ses responsabilités ?
Nulle part.
Mieux encore, pardon, pire. Pendant que la France envisage de sanctionner des Israéliens, elle déroule le tapis rouge au nouveau pouvoir syrien.
Emmanuel Macron a été le premier dirigeant occidental à recevoir Ahmed al-Sharaa à l’Élysée. Il l’a ensuite invité au sommet de la Communauté politique européenne à Chypre, où celui-ci a pu critiquer Israël sous les applaudissements de nombreux responsables européens. Puis il l’a rencontré à plusieurs reprises dans des enceintes internationales. Et il vient désormais de l’inviter au G7.
Autrement dit, la France a activement participé à sa normalisation diplomatique. Elle a même été le premier pays occidental à lui offrir une reconnaissance politique aussi chaleureuse.

Et ce n’est pas fini. Selon plusieurs informations de presse, le président français pourrait prochainement se rendre lui-même à Damas.
Le nouveau pouvoir syrien est désormais traité comme un partenaire fréquentable alors même que de nombreuses questions fondamentales demeurent sans réponse.
Qui répondra des massacres de civils alaouites ? Et quand ?
Qui répondra des enlèvements de femmes alaouites ?
Qui répondra des exactions commises contre les Druzes ?
Qui répondra de la présence persistante de combattants étrangers issus de mouvances djihadistes ?
Qui répondra de l’absence de garanties réelles pour les minorités religieuses et politiques du pays ?
À écouter la diplomatie française, on pourrait croire que le principal problème du Moyen-Orient se trouve aujourd’hui en Israël, et uniquement en Israël.
Un régime issu du jihadisme, dont la matrice idéologique repose sur le rejet de l’Occident et de ses valeurs, ne poserait donc aucun problème à la France ?
Au contraire : il faudrait le soutenir, l’encourager et l’applaudir ?
Pendant ce temps, un ancien chef d’Al-Qaïda devenu président bénéficie d’une remarquable bienveillance diplomatique.
La contradiction est saisissante.
D’un côté, la France exige des comptes à une démocratie alliée.
De l’autre, elle accorde sa confiance à un régime dont la matrice idéologique est issue du jihadisme.
On nous répondra que les situations sont différentes.
Bien sûr qu’elles le sont.
Mais précisément : si la France estime que des violences commises en Cisjordanie justifient des sanctions, comment expliquer que des massacres confessionnels, des enlèvements et des persécutions de minorités ne justifient même pas une simple menace diplomatique envers Damas ?
Pourquoi ce qui vaut pour Jérusalem ne vaut-il plus pour Damas ?
Pourquoi cette fermeté lorsqu’il s’agit d’Israël et cette indulgence lorsqu’il s’agit du nouveau pouvoir syrien ?
Comme souvent au Moyen-Orient, la diplomatie française semble fonctionner selon une logique devenue prévisible : la fermeté pour Israël, la compréhension pour les islamistes.
Hier, le Hezbollah bénéficiait d’une prudence infinie malgré sa responsabilité dans la destruction du Liban.
Aujourd’hui, le nouveau régime syrien profite de la même indulgence.
Demain, les mêmes responsables expliqueront qu’ils n’avaient pas vu venir les dérives qu’ils refusent aujourd’hui de regarder en face.
Le plus inquiétant n’est pas l’erreur.
L’erreur est humaine.
Le plus inquiétant est l’incapacité persistante à appliquer les mêmes principes à tous.
Car au fond, la question n’est pas Israël.
La question est la cohérence d’une diplomatie qui semble devenue l’alliée objective des pires ennemis de la paix, de la stabilité régionale et, parfois même, des intérêts qu’elle prétend défendre.
Une diplomatie crédible ne peut pas dénoncer certaines violences tout en fermant les yeux sur d’autres.
Elle ne peut pas invoquer les droits des minorités à Jérusalem tout en restant silencieuse lorsqu’elles sont massacrées en Syrie.
Elle ne peut pas appeler à sanctionner une démocratie tout en légitimant un pouvoir dont les victimes attendent encore justice.
À force d’appliquer des critères différents selon les acteurs concernés, la France ne défend plus des principes.
Elle défend des préférences.
Elle sanctionne ceux qu’elle désapprouve et légitime ceux qu’elle espère séduire.
Israël est sommé de rendre des comptes.
Ahmed al-Sharaa est invité à les éviter.
C’est peut-être cela, au fond, le véritable problème de la diplomatie française au Moyen-Orient : elle est devenue moins exigeante avec les islamistes qu’avec les démocraties.
Et les minorités syriennes en paient déjà le prix.
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