Monsieur le Président, le Liban aurait dû vous apprendre une leçon. Depuis neuf ans, votre diplomatie n’a pas permis d’atteindre l’objectif qu’elle s’était fixé. Aujourd’hui, en Syrie, vous semblez prêt à reproduire les mêmes erreurs. C’est précisément l’objet de cette lettre ouverte.
Monsieur le président Emmanuel Macron,
Pourquoi ne tirez-vous jamais les leçons de vos échecs au Moyen-Orient ?
Depuis 2017, votre politique au Liban n’a produit aucun résultat positif. Pire encore, elle a contribué à préserver le Hezbollah sur l’échiquier politique libanais, alors que de nombreux Libanais demandaient précisément à la France, puissance historiquement proche du Liban, de soutenir le rétablissement de la pleine souveraineté de leur État.
Combien de conférences internationales pour le Liban avez-vous organisées ?
Combien de visites, de déambulations souriantes dans les rues de Beyrouth ?
Combien de promesses faites aux Libanais ?
Pour quel résultat ?
Le Hezbollah n’est toujours pas désarmé. Il continue de menacer à la fois Israël et le Liban, en prenant tout un pays en otage.
Il suffit de lire votre dernier message sur le Liban. Vous y appelez les responsables libanais, mais vous ne mentionnez même pas le cœur du problème : le Hezbollah et son désarmement.
J’aurais pu croire à un oubli si votre texte ne mettait pas, une fois encore, sur le même plan la présence militaire israélienne et le Hezbollah.
Or le problème est pourtant clair : le Hezbollah n’a jamais respecté les résolutions des Nations unies. Il n’a jamais accepté son désarmement ni son retrait au nord du Litani.
C’est par là qu’il fallait commencer si vous vouliez réellement défendre les intérêts des Libanais. Si ces résolutions avaient été appliquées depuis des années, aucun soldat israélien n’aurait eu à pénétrer sur le territoire libanais.
Voilà neuf ans que vous nous dites vouloir multiplier les initiatives et que vous dépêchez des envoyés spéciaux.
Qu’ont-ils obtenu ?
Rien.
À force de vouloir préserver le Hezbollah plutôt que d’imposer l’application du droit international, vous avez fini par sortir la France du jeu.
Aujourd’hui, ce sont les États-Unis qui pilotent les discussions entre Israël et le Liban. Ils sont parvenus, en quelques semaines, à obtenir ce que la diplomatie française n’a jamais réussi à construire en neuf ans : installer les deux parties autour d’une même table afin de négocier un cadre centré sur le désarmement des milices pro-iraniennes, la restauration de l’autorité de l’État libanais et l’éloignement de l’influence iranienne.
Nous attendrons les résultats avant de juger définitivement cette démarche. Mais une chose est déjà certaine : la France n’est plus au centre du dossier libanais. C’est un déclassement diplomatique dont vous portez une part importante de responsabilité.
Le plus inquiétant est que vous reproduisez aujourd’hui les mêmes erreurs en Syrie.
Quelques semaines seulement après les massacres d’Alaouites, vous avez choisi d’accueillir, le premier en Occident, avec tous les honneurs le nouveau dirigeant syrien, pourtant issu de la mouvance djihadiste d’Al-Qaïda. Vous avez voulu lui offrir très rapidement une légitimité internationale, sans exiger de garanties sérieuses sur la protection des minorités.
Qu’avez-vous obtenu en échange ?
Les massacres et les violences contre les Alaouites se sont poursuivis.
Les Druzes ont été attaqués.
Les Kurdes ont été écartés.
Même les chrétiens n’ont pas été épargnés par les violences des groupes islamistes.
Vous avez exprimé votre indignation lorsqu’une religieuse a été agressée à Jérusalem. Très bien.
Mais où était cette même indignation lorsque des chrétiens étaient attaqués en Syrie ?
Pourquoi ce silence ?
Qu’avez-vous obtenu pour la France ?
Les contrats économiques dont il est question existaient déjà avant l’arrivée du nouveau pouvoir à Damas.
Selon plusieurs médias arabes, vous envisageriez de vous rendre prochainement en Syrie.
Encore une fois, pourquoi ?
Pourquoi vouloir être le premier dirigeant occidental à se rendre à Damas, si c’est pour offrir une victoire symbolique et une reconnaissance sans contrepartie à un pouvoir qui n’a toujours pas démontré qu’il rompait réellement avec son héritage djihadiste,ni qu’il pouvait remplacer la dictature d’Assad ni qu’il était capable de protéger les minorités syriennes ?
Allez-vous vous rendre dans un pays où des femmes alaouites et druzes sont encore enlevées, où les minorités vivent dans la peur, où les libertés publiques reculent et où l’islamisme continue de s’imposer dans de nombreux secteurs de la société ?
Allez vous accompagner la nouvelle Syrie dans une transformation à l’afghane ?
Pourquoi offrir cette victoire diplomatique à un régime qui, ces dernières semaines encore, a multiplié les textes restreignant les libertés fondamentales ?
Où est la cohérence de la politique étrangère de la France ?
Vous combattez avec raison les atteintes aux libertés lorsqu’elles viennent de Moscou. Pourquoi fermer les yeux lorsqu’elles viennent de Damas ?
Pourquoi vouloir, à tout prix, légitimer ce régime alors que nombre de dirigeants arabes eux-mêmes ne se sont pas encore rendus en Syrie ?
Qu’avez-vous obtenu de vos différentes rencontres avec Ahmed al-Charaa ?
Qu’avez-vous obtenu pour les Syriens ?
Qu’avez-vous obtenu pour la France ?
Rien.
Les minorités continuent d’être menacées.
Les violences continuent.
La Syrie ne s’est pas engagée sur une véritable voie démocratique.
Pourquoi, dès lors, vouloir offrir à ce pouvoir la reconnaissance internationale qu’il recherche avec tant d’insistance ?
Pourquoi lui signer, de fait, un chèque en blanc ?
Est-ce parce qu’il bénéficie du soutien du Qatar ?
Est ce une demande, voire une exigence, la part d’un certain ami … qatari ?
La relation privilégiée que vous entretenez avec Doha justifie-t-elle de renoncer aux principes qui devraient guider la diplomatie française et l’honneur de la France ?
La France devrait défendre partout les mêmes exigences : la liberté, l’État de droit, le pluralisme, la protection des minorités et la démocratie.
Sur chacun de ces sujets, le nouveau pouvoir syrien est encore très loin des standards que notre pays prétend défendre.
Pourquoi les Syriens n’ont pas droits a ces exigences ? Pourquoi abandonnez-vous la Syrie aux islamistes, comme vous avez abandonné le Liban au Hezbollah ?
À mon arrivée en France, j’ai rencontré des Français qui n’ont jamais cherché à flatter mes préjugés. Ils m’ont aidé à les dépasser. Ils ont contesté mon antisémitisme, refusé toutes les justifications de la violence et m’ont permis d’emprunter un autre chemin.
C’est précisément ce que devrait faire la diplomatie française :
Aider la Syrie, oui, mais avec exigence
Aider la Syrie, oui, mais avec fermeté sur les principes
Aider la Syrie, oui, mais ne pas l’aider à devenir le prochain califat islamiste,… aidée par qui ? Le Qatar et la Turquie ? Sont ils vos partenaires, sinon, vos références pour une Syrie démocratique ou pour une Syrie islamiste, version djihadiste, Monsieur le Président ?
Où est passé l’exigence d’un grand pays comme la France ?
Je n’y vois hélas que soumission aux pires forces et idéologies qui ne veulent que la destruction du monde libre.
On n’aide pas un dirigeant à évoluer en lui accordant une reconnaissance sans contrepartie.
On l’aide en fixant des exigences.
En conditionnant son soutien.
En exigeant des actes.
En refusant les ambiguïtés.
À force de vouloir récompenser les islamistes avant qu’ils n’aient fait leurs preuves, vous affaiblissez les véritables forces modérées, vous découragez ceux qui défendent une Syrie libre et pluraliste, vous déstabilisez les alliés de la France et vous contribuez au recul durable de l’influence française au Moyen-Orient. Vous nourrissez le monstre qui veut nous dévorer tous. vous dévorer, aussi.
Monsieur le Président,
Le Liban aurait dû vous apprendre une leçon.
Ne reproduisez pas en Syrie les erreurs qui ont conduit à l’effacement de la France.
Et si vous choisissez malgré tout de vous rendre à Damas, faites-le en président de la République française.
N’y allez pas pour distribuer une reconnaissance.
N’y allez pas pour offrir une victoire diplomatique.
Allez-y pour fixer des conditions.
Exigez la protection des minorités.
Exigez le respect des libertés fondamentales.
Exigez des engagements précis, vérifiables et conditionnant toute aide européenne.
C’est ainsi que la France retrouve son influence : non en cédant sur ses principes, mais en les faisant respecter.
Le Liban aurait dû être une leçon. Faites en sorte que la Syrie ne devienne pas un second échec français.
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