Du jeune Syrien qui rêvait de mourir contre Israël à l’homme qui a choisi d’aller à la rencontre de l’ennemi désigné.
Je ne m’imaginais pas un jour soutenir Israël. J’étais conditionné pour le haïr. J’étais endoctriné pour souhaiter sa destruction.
Je suis né en Syrie, dans un pays où Israël était présenté comme une entité hostile, un corps étranger greffé sur notre région. L’ennemi sioniste n’avait pas de visage humain. C’était un monstre. Une menace permanente. Une incarnation du mal absolu.
Avant même d’apprendre à comprendre le monde, nous apprenions à détester Israël.
Cette haine ne m’appartenait pas. Elle m’avait été transmise.
À l’école. Dans les médias. Dans les discours politiques. Dans les conversations du quotidien.
Comme beaucoup d’Arabes, j’ai grandi avec la conviction qu’Israël était responsable de tous les malheurs du Moyen-Orient.
À quatorze ans, j’ai écrit un roman dont le héros était un jeune communiste qui rêvait de devenir kamikaze pour tuer des Israéliens.
J’étais tellement imprégné de cette culture du sacrifice que la mort elle-même me paraissait honorable lorsqu’elle était dirigée contre Israël.
Heureusement, ce n’était qu’un roman. Et à la fin de l’histoire, le héros renonçait. Il décidait de vivre. Il décidait de poursuivre ses études et de partir en France. Aujourd’hui encore, je considère cette fin comme une victoire de la vie sur l’idéologie de la mort dans laquelle j’ai grandi.
Et les Juifs ?
Je n’en connaissais aucun. Je ne savais même pas s’il en existait encore en Syrie. Dans notre imaginaire collectif, ils n’étaient pas des êtres humains ordinaires. Ils étaient présentés comme des êtres immoraux, dangereux, manipulateurs, responsables de tous les malheurs. Bref, nous n’avions pas à les connaître. Nous devions simplement les détester.
Puis un jour, quelque chose s’est fissuré en moi. J’ai commencé à douter, secrètement certes, mais je commençais à douter. Et c’est probablement le doute qui m’a sauvé.
Car la réalité ne correspondait plus au récit. On m’avait expliqué qu’Israël était la cause de nos problèmes.
Pourtant, ce sont les dictatures arabes opprimaient leurs peuples, pas Israël.
La corruption existait dans nos pays, ce n’est pas Israël.
La torture existait, ce n’est pas Israël.
Les guerres civiles existaient, la haine et les massacres confessionnels, ce n’est pas Israël.
L’islamisme existait sans Israël.
Les prisons, la peur et la censure existaient sans Israël.
Alors pourquoi Israël était-il toujours coupable de tous nos malheurs ?
Pourquoi servait-il d’explication à tout ce qui n’allait pas chez nous ?
Peu à peu, j’ai compris qu’Israël était devenu pour le monde arabe un alibi commode. Une cause pour aveugler et pour faire taire. Un épouvantail pour terroriser et dominer les peuples. Une excuse permettant d’éviter toute remise en question.
Puis, ma deuxième chance fut la France.
Pour la première fois, je pouvais lire librement. Penser librement. Comparer. Découvrir d’autres récits. Comprendre que l’histoire n’était jamais aussi simple qu’on me l’avait racontée.
Je découvrais surtout quelque chose de nouveau : le droit au doute librement, sans se cacher, à haute voix. Le droit de ne pas penser comme tout le monde.Le droit de changer d’avis.
C’est alors qu’après un long cheminement, j’ai pris une décision que beaucoup de personnes autour de moi considéraient comme impensable. Ou comme une trahison.
Je suis allé en Israël.
Non pour confirmer ce que je croyais. Mais précisément pour le remettre à l’épreuve.
Je voulais rencontrer ce peuple que l’on m’avait appris à haïr.
Je voulais écouter ceux dont on m’avait toujours parlé sans jamais leur donner la parole.
Je suis parti avec mes questions, mes doutes, mes préjugés et mes peurs.
Et sur place, j’ai découvert une réalité infiniment plus complexe et plus humaine que celle qu’on m’avait enseignée.
J’ai découvert une démocratie vivante. Une société traversée de débats permanents. Des Juifs, des Arabes, des Druzes et des chrétiens vivant dans le même pays. Ensemble. Tous défendent leur pays. Chacun à sa place et à sa manière. Des citoyens qui critiquent librement leur gouvernement. Des journalistes qui enquêtent. Des juges qui contrôlent le pouvoir. Des universités ouvertes. Des femmes libres. Des minorités représentées.
Je découvrais surtout une société humaine. Mais je découvrais aussi quelque chose que j’avais rarement vu dans le monde où j’avais grandi : une véritable culture de la liberté.
Et plus encore, je découvrais une forme de compassion envers les Palestiniens et que je n’avais presque jamais observée envers les Israéliens dans le monde arabe.
De là d’où je viens, les victimes israéliennes n’existent pas. Même les enfants assassinés par le terrorisme sont réduits au silence ou justifiés au nom de la cause. Même les femmes juives violées et réduites au statut des esclaves sexuelles, ça ne choque presque personne.
En Israël, j’ai vu une société qui aime la vie. J’ai vu une société qui cherche à protéger ses enfants plutôt qu’à leur apprendre à mourir.
C’est là que quelque chose s’est inversé en moi.
Pendant des années, on m’avait demandé de regarder Israël avant de regarder nos propres sociétés. En réalité j’ai compris que je devais regarder nos sociétés avant de regarder Israël. Et la comparaison est devenue impossible à ignorer.
Alors pourquoi je soutiens Israël ?
Je ne soutiens pas Israël parce que je pense qu’il est parfait.
Je soutiens Israël parce que je crois que son existence est légitime.
Je soutiens Israël parce qu’il représente le droit d’un peuple à vivre librement sur sa terre ancestrale.
Je soutiens Israël parce qu’il est devenu la cible privilégiée de mouvements qui ne cherchent pas la paix mais sa disparition.
Je soutiens Israël parce que je connais les idéologies qui le combattent. Je les ai vues de l’intérieur. Je connais leur langage. Je connais leurs slogans. Je connais leurs obsessions. Je sais que beaucoup d’entre elles ne veulent pas un État palestinien aux côtés d’Israël. Elles veulent un Moyen-Orient sans Israël. Leur seule paix possible passe par la destruction d’israël. Une paix sans Israël.
Et d’ailleurs, les mêmes veulent souvent un monde où l’Occident lui-même serait vaincu. Pas seulement Israël.
Je soutiens Israël parce que je refuse que la haine soit érigée en projet politique.
Je soutiens Israël parce que j’ai vu ce que produisent les idéologies qui prétendent parler au nom de la justice tout en glorifiant la violence et le terrorisme.
Je soutiens Israël parce que je crois à la coexistence. Parce que je crois à la liberté. Parce que je crois à la démocratie. Parce que je crois qu’aucune paix durable ne pourra naître tant que des millions d’enfants seront éduqués dans la haine des Juifs et dans le refus de l’existence même d’Israël.
Mon soutien à Israël n’est pas né malgré mon histoire. Il est né à cause d’elle.
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