Des réfugiés allemands de 1945 aux Palestiniens de 1948 : pourquoi une seule tragédie est devenue un statut éternel et une arme politique contre Israël.
Pendant longtemps, lorsqu’on me parlait des déplacements de populations ailleurs dans le monde — en Europe, en Inde, au Pakistan ou après la Seconde Guerre mondiale — et qu’on me demandait pourquoi seul le cas palestinien avait conservé un statut de réfugiés transmis éternellement de génération en génération, je refusais même d’entendre la comparaison.
Comme beaucoup de Syriens élevés dans la sacralisation de la « cause palestinienne », presque comme une religion politique, je considérais immédiatement ce type de parallèle comme une attaque contre les Palestiniens… et donc comme une défense d’Israël.
Alors je m’insurgeais.
Mais en réalité, je ne m’insurgeais pas seulement contre cette comparaison historique. Je m’insurgeais surtout contre mon ennemi désigné depuis l’enfance : Israël.
Israël comme cause de tous les malheurs palestiniens.
Israël comme responsable unique des drames du Moyen-Orient.
Israël, et Israël seulement.
Comme beaucoup d’Arabes, j’avais grandi avec une seule lecture de l’histoire : les Palestiniens auraient été « chassés par les sionistes ».
Cette vision simplifiée faisait d’Israël l’unique responsable du drame palestinien et effaçait totalement le contexte régional, la guerre déclenchée par les États arabes et les responsabilités arabes elles-mêmes.
Avec le temps pourtant, les faits historiques finissent par s’imposer.
Après la Seconde Guerre mondiale, environ douze millions d’Allemands furent expulsés d’Europe centrale et orientale. Des centaines de milliers, peut-être plus d’un million, moururent durant ces déplacements massifs. C’est l’un des plus grands mouvements forcés de populations de l’histoire contemporaine.
Et pourtant, il n’existe aujourd’hui aucun statut héréditaire de « réfugié allemand ». Aucun organisme international ne transmet cette condition sur plusieurs générations. Aucun mouvement politique mondial n’entretient cette blessure depuis près de quatre-vingts ans.
Pourquoi ?
Parce que l’Europe d’après-guerre — malgré les traumatismes immenses — a choisi la reconstruction plutôt que l’entretien éternel du conflit.
L’Allemagne a reconstruit son avenir. Les populations déplacées ont été absorbées, intégrées et transformées progressivement en citoyens ordinaires.
Le cas palestinien a suivi une logique radicalement différente.
En 1948, une partie des Arabes ont fui dans le cadre d’une guerre lancée par les États arabes contre Israël, qui refusaient catégoriquement l’existence même d’un État juif.
Ce point est essentiel, car il est souvent effacé du récit contemporain : la guerre de 1948 n’a pas été déclenchée par Israël, mais par les armées arabes et les milices palestiniennes qui rejetaient le plan de partage de l’ONU et toute coexistence avec un État juif.
Une partie importante des départs arabes fut encouragée par des dirigeants persuadés qu’ils allaient rapidement écraser les Juifs avant de revenir après leur victoire.
Beaucoup refusaient également l’idée même de vivre dans un État juif.
Ceux qui sont restés sont devenus des citoyens israéliens à part entière.
Mais pendant que le monde arabe construisait le récit exclusif de la Nakba palestinienne, un autre drame eut lieu dans un silence presque total : près de 850 000 Juifs furent expulsés ou contraints de fuir les pays arabes.
En Égypte, en Irak, en Syrie, au Yémen, au Maroc ou ailleurs, des communautés juives parfois millénaires furent détruites.
La différence fondamentale est que ces réfugiés juifs furent absorbés et intégrés en une génération. Israël choisit la reconstruction nationale plutôt que l’entretien permanent du statut victimaire.
Le monde arabe fit exactement l’inverse avec les Palestiniens. Au lieu de favoriser leur intégration, de nombreux régimes arabes les maintinrent volontairement dans un statut de réfugiés quasi permanent afin de transformer leur souffrance en arme idéologique contre Israël.
C’est ici qu’apparaît l’anomalie historique de l’UNRWA. Voici un organisme financé par la communauté internationale non seulement pour faire perdurer la haine et le rejet d’Israël, à travers un enseignement qui va parfois jusqu’à l’apprentissage de la haine et du meurtre des Juifs, mais surtout pour maintenir un statut de réfugié transmis de génération en génération, niant ainsi toute logique d’intégration et d’accès à la citoyenneté.
Aucun autre peuple au monde ne transmet le statut de réfugié de manière héréditaire sur plusieurs générations.
Dans tous les autres conflits, le statut de réfugié disparaît progressivement avec l’intégration, la citoyenneté ou la reconstruction.
Pas dans le cas palestinien. Ici, le statut devient presque identitaire, politique et civilisationnel. Même lorsqu’ils deviennent citoyens occidentaux, députés ou ministres, certains continuent de se présenter comme « réfugiés palestiniens ».
Pourquoi ?
Parce que ce statut n’est plus seulement humanitaire. Il est devenu le symbole même du refus d’Israël. Il porte en lui une revendication identitaire fondée sur le rejet de l’existence de l’État juif.
Au lieu de militer pour leurs droits dans les pays où ils sont nés, comme leurs parents avant eux, beaucoup de ces prétendus « réfugiés éternels » n’ont qu’un objectif : nier Israël, le délégitimer et appeler à sa disparition.
Ils perpétuent ainsi la haine dans les sociétés où ils vivent désormais, comme s’ils refusaient que d’autres puissent simplement vivre en dehors de leur cause devenue absolue.
Le drame est que cette instrumentalisation a probablement davantage servi les régimes arabes, les islamistes et aujourd’hui l’extrême gauche occidentale… que les Palestiniens eux-mêmes.
Car entretenir éternellement une blessure ne construit ni une société, ni une paix, ni un avenir.
On a fabriqué des générations entières élevées non dans la reconstruction, mais dans l’attente du retour, du refus et surtout de la vengeance. Tout est désormais justifié, y compris le terrorisme et la violence, sous prétexte de la « résistance ».
J’ai toujours vu comment les sociétés arabes méprisaient les Palestiniens chez elles, mais les glorifiaient à Gaza ou en Judée-Samarie.
Pourquoi ?
Parce qu’en réalité, ce ne sont pas les Palestiniens qui les intéressent, mais avant tout la haine des Juifs qui les anime.
Et c’est probablement là l’une des tragédies les plus profondes du peuple palestinien :
avoir été utilisé pendant des décennies comme outil politique et idéologique dans une guerre permanente contre Israël, au lieu d’être aidé à construire enfin un avenir stable, viable et pacifique, là où ils sont installés depuis des générations.
Tant que cette exception historique perdurera, la paix restera presque impossible.
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