Certains me diront que j’exagère !
Pourtant, aujourd’hui même, selon un article publié dans Le Figaro*, des dizaines de signalements ont été effectués dans le Val-de-Marne après la diffusion de prières islamiques par haut-parleurs. Les habitants expliquent simplement qu’ils ne souhaitent pas participer, depuis leur domicile et contre leur gré, à un office religieux.
C’est exactement ce que j’ai connu à Damas.
Et c’est précisément pour cela que ceux qui ont grandi au Moyen-Orient comprennent immédiatement ce qui se joue derrière ce type de pratiques.
Quand j’étais enfant à Damas, il n’y avait qu’une seule mosquée dans le quartier. Les anciens y allaient le vendredi. On entendait les appels à la prière, mais pas les prêches de l’imam.
Puis, petit à petit, le dictateur Assad, soi-disant laïque, sic, a laissé prospérer les mosquées selon la volonté et les projets des islamistes. D’un côté, il combattait les Frères musulmans ; de l’autre, il permettait à leur idéologie et à leur poison de se diffuser dans la société syrienne.
En plus du voile, que l’on voyait gagner du terrain dans la rue — les Frères musulmans payaient certaines femmes pour se voiler —, on voyait aussi les mosquées se construire un peu partout dans la ville de Damas. Certains affirmaient, notamment les communistes de l’époque, dont ma famille faisait partie, que les Frères musulmans voulaient bâtir une mosquée tous les cent mètres. Je ne sais pas si c’est vrai, mais toujours est-il que la discrète mosquée de mon quartier s’est retrouvée entourée et concurrencée par plusieurs autres mosquées, plus modernes, financées par les monarchies du Golfe.
Et pour mon plus grand malheur, une nouvelle mosquée a été construite à moins de cent mètres de chez moi. Ma chambre d’adolescent donnait presque sur sa cour.
Les appels à la prière, j’en avais l’habitude. Cela fait partie du décor au Proche-Orient. Même à quatre heures du matin, cela ne vous réveille plus quand vous avez grandi avec.
Mais cette nouvelle mosquée ne se contentait pas des appels à la prière. Ceux-ci se prolongeaient par la lecture de versets coraniques. Non pas uniquement dans l’enceinte de la mosquée, mais diffusés par haut-parleurs, comme l’appel à la prière lui-même.
Résultat : même si vous ne mettiez jamais les pieds à la mosquée, vous étiez obligé d’écouter ce que disait l’imam.
Communiste que j’étais, cela me posait un véritable problème. Cela m’éloignait même davantage de cette religion que je percevais comme une volonté permanente de s’imposer.
Car, en dehors des communistes que nous étions dans ma famille, il y avait aussi des chrétiens dans le quartier, ainsi que des Druzes et des Alaouites. Tous étaient donc contraints d’écouter les prêches islamiques dans la rue ou chez eux.
Mais le pire, c’était le vendredi.
L’imam ne se contentait plus de l’appel à la prière ni des versets coraniques diffusés toute la semaine — cinq fois par jour, faut-il le rappeler. Le vendredi était l’occasion d’un véritable sermon, d’une longue prose politico-religieuse.
Oui, politique.
D’abord parce que ces discours étaient validés par les services de sécurité du régime. Ensuite parce qu’ils étaient destinés à empoisonner les esprits contre « l’ennemi sioniste. »
Dans ces prêches du vendredi, on n’entendait pas le mot Israël. On parlait des Juifs, « tueurs de prophètes », ou de « l’ennemi sioniste », présenté comme un monstre inhumain.
Des générations entières étaient abreuvées de haine d’Israël et des Juifs alors même qu’au fond d’elles-mêmes, beaucoup n’aimaient pas particulièrement les Palestiniens. Certains les méprisaient tellement qu’ils refusaient et rejetaient les mariages mixtes avec eux.
Voilà ce que beaucoup ne comprennent pas.
Quand certaines mosquées tiennent absolument à diffuser leurs appels à la prière par haut-parleurs, il ne s’agit pas seulement de pratique et de liberté de culte. Il s’agit aussi d’occuper l’espace, de marquer un territoire symbolique et d’imposer une présence , sa croyance dans le paysage sonore.
On s’impose dans l’espace public. On fait partie du décor. On diffuse sa doctrine sous couvert de liberté religieuse.
Quelle liberté ?
L’appel à la prière n’est plus depuis longtemps un simple moyen d’indiquer aux fidèles l’heure de la prière. Aujourd’hui, chacun dispose d’une montre, d’un smartphone ou d’une application.
L’appel à la prière consiste avant tout à proclamer : « Allah est le plus grand » et qu’il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah.
C’est leur croyance. Ils ont parfaitement le droit de le penser et d’y croire.
Mais la proclamer à haute voix dans les rues et dans des villes qui ne sont pas musulmanes pose une autre question.
Car cela revient à imposer sa croyance aux autres. Et la laïcité dans tout cela ?
Voilà pourquoi, aujourd’hui en France, ces appels à la prière ne sont pas aussi innocents qu’on veut nous le faire croire.
Le dire n’a rien d’islamophobe et n’a rien contre les musulmans.
Il s’agit simplement de défendre un principe fondamental : dans une République laïque, la foi relève de la sphère privée et des lieux de culte, pas de l’espace sonore imposé à tous.
J’ai vu en Syrie comment une simple diffusion de versets coraniques par haut-parleurs pouvait progressivement banaliser une présence idéologique permanente dans l’espace public.
Beaucoup d’Européens pensent encore qu’il ne s’agit que d’une pratique religieuse inoffensive.
Moi, j’y vois le début d’un processus que j’ai déjà observé ailleurs.
Et je sais comment il se termine.
À ce rythme, demain, nous entendrons les prêches des mosquées dans la rue, comme à Damas.
En Angleterre, certains conseils municipaux ont déjà ouvert leurs séances par des récitations et des prières islamiques.
Beaucoup ont trouvé cela normal, au nom de la diversité ou du multiculturalisme.
Moi, cela me rappelle surtout ce que j’ai vu au Moyen-Orient : la religion qui quitte progressivement la sphère privée pour investir les institutions, l’espace public et finalement la vie politique.
C’est toujours présenté comme anodin au départ.
Et c’est précisément pour cela qu’il faut en débattre avant qu’il ne soit trop tard.
Et que diraient les âmes effarouchées si demain les sermons du dimanche étaient diffusés dans les rues par les haut-parleurs d’une église ?
(*) Article du Figaro et photo : «C’est intolérable» : des dizaines de signalements dans le Val-de-Marne pour des «prières islamiques» diffusées sur haut-parleur
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