De Damas à Jérusalem : l’intimidation islamiste dans les quartiers chrétiens syriens et le quartier juif de Jérusalem en Israël.
Retour à cette histoire de “Allahu Akbar” scandés par des islamistes dans un quartier chrétien de Damas en Syrie , il y a quelques jours.
Il y a quelques semaines, j’ai lu les commentaires d’une universitaire française partie pour un bref séjour à Jérusalem. En quelques jours sur place, la voilà devenue spécialiste du conflit, défenseure des Palestiniens et nouvelle “arabisante de salon”, sans doute désireuse d’occuper le même créneau victimaire et militant que tant d’autres avant elle.
C’est son droit.
Toujours est-il qu’une fois à Jérusalem, elle nous explique avoir observé une “citoyenneté à deux vitesses”, une absence “d’égalité réelle entre musulmans et juifs”, ainsi qu’un “contrôle policier aigu des musulmans”, prétendument visible à l’œil nu.
Rien que ça.
Et pendant ce temps-là, à Damas, dans le quartier chrétien de Bab Touma, des groupes islamistes paradent la nuit en scandant des “Allahu Akbar” sous le regard passif des autorités.
Cette scène m’a immédiatement rappelé un souvenir vécu à Jérusalem lors de mon premier voyage en Israël (*).
Ce matin-là, j’errais dans le quartier juif de la Vieille Ville. J’étais un peu perdu dans les rues. J’étais surtout incrédule, excité, un peu apeuré aussi de me voir, moi le Syrien élevé dans la haine d’Israël, marcher dans ces rues qui représentaient autrefois tout ce que je rejetais.
Et pourtant, j’étais là.
Heureux. Ému. Intrigué. Curieux. Suspendu dans le temps.
Je l’ai souvent dit : il faut avoir grandi en Syrie, dans la haine obsessionnelle d’Israël, pour comprendre ce type d’émotion.
Puis soudain, j’entends ce qui ressemble à une récitation de versets coraniques.
Ce n’était pas un appel à la prière venant d’une mosquée. Car oui, même dans le quartier juif de Jérusalem, il vous arrive d’entendre naturellement l’appel à la prière musulmane.
Non. Cette fois, il s’agissait de versets diffusés volontairement à haute voix depuis un appareil ou un lecteur de cassettes. Rapidement, je vois d’où cela vient. Un jeune homme barbu apparaît à quelques mètres, téléphone brandi à la main, levé vers le haut. Plus il avançait vers moi, plus les versets résonnaient dans la rue.
Je songe un instant à lui demander mon chemin, puisque j’étais perdu. Mais instinctivement, quelque chose me retient.
Lorsqu’il arrive à ma hauteur, il me fixe longuement du regard, s’arrête une seconde, comme pour me faire écouter davantage ses versets coraniques, puis il poursuit sa route.
À cet instant, un groupe d’hommes et d’enfants portant la kippa apparaît devant moi.
Je me retrouve littéralement entre les deux mondes : devant moi, des Juifs marchant paisiblement ; derrière moi, un Palestinien musulman imposant ostensiblement ses versets coraniques dans les rues du quartier juif.
Et soudain, je comprends parfaitement la portée symbolique de cette scène.
Traverser le quartier juif en diffusant des versets coraniques à tue-tête n’est pas un geste anodin. C’est une provocation. Un message : « Non, vous n’êtes pas chez vous, vous avez sali la terre sacrée de l’islam, et en écoutant les versets du Coran dans ces rues, je les purifie. »
Je connais tellement bien cette mentalité des islamistes : vouloir purifier, imposer leur foi et surtout mépriser les autres, considérés comme des sales kouffars, hérétiques à l’islam.
Voilà ce que je revis ce jour-là.
Et pourtant — c’est là le point essentiel — personne ne l’a arrêté. Car, quelques mètres plus loin, une patrouille de jeunes policiers israéliens lourdement armés passe dans la rue. Aucun affolement. Aucune arrestation. Aucun passage à tabac. Aucun scandale. Il continue sa route en écoutant à haute voix ses versets coraniques. Tout le monde a compris pourquoi : provoquer et mépriser.
Les versets continuaient de résonner derrière moi.
Alors quand j’entends aujourd’hui certains universitaires français expliquer que Jérusalem serait une ville d’oppression permanente pour les musulmans, je me demande sincèrement dans quelle réalité ils vivent.
Ont-ils seulement conscience de ce qu’il se passerait dans certains quartiers islamistes de Damas, du Caire ou même de certaines villes européennes si un Juif traversait la rue en diffusant des chants hébraïques religieux à tue-tête ?
C’est précisément là que commence le problème des “arabisants de salon” : ils projettent sur le Moyen-Orient leurs fantasmes, sans comprendre ni les sociétés, ni les codes, ni les rapports de force culturels et religieux de la région. Encore moins la haine qui règne dans une partie de la rue arabe et retarde toute véritable perspective de paix et de coexistence.
Et pendant qu’ils donnent des leçons sur Jérusalem depuis leurs hôtels, des quartiers chrétiens de Damas vivent désormais sous intimidation islamiste. Des femmes alaouites sont kidnappées forcées à se voiler quand elles ne sont pas prises pour esclaves sexuelles.
Mais cela ne se passe pas en Israël.
Et donc : bouche cousue.
* Cette scène à Jérusalem, je l’ai déjà racontée dans mon livre Un Syrien en Israël
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