Depuis le 13 juillet 2025, la province syrienne de Soueïda, peuplée majoritairement de Druzes, a été le théâtre d’un assaut sanglant mené par des milices tribales sunnites, venues du nord et de l’est du pays. Ces milices, galvanisées par une rhétorique islamiste radicale, ont attaqué des villages druzes au cri de Allah Akbar, qualifiant leurs cibles de « traîtres aux Juifs », de kouffars à exterminer, promettant même des sabiya — esclaves sexuelles — à leurs combattants.
Ces scènes d’horreur, rappelant les pires heures de Daech, ont causé des centaines de morts, des dizaines de disparus, des femmes enlevées, des villages incendiés. Le pouvoir central, loin d’empêcher ce carnage, a facilité l’entrée de ces groupes en se retirant volontairement de la région, abandonnant Soueïda à son sort. Face au risque de génocide, Israël est intervenu discrètement pour soutenir les forces locales druzes, rompant le silence international qui entourait ces événements.
C’est dans ce contexte d’épuration sectaire planifiée, de massacre évitable et d’abandon diplomatique, que le président syrien Ahmed al-Charaa, al-Joulani, a pris la parole.
Son discours n’a pas été une condamnation, ni même un aveu. Ce fut une manœuvre de justification, d’enfumage et de légitimation. Un discours glaçant dans sa froideur, dangereux dans ses sous-entendus, révélateur dans ses silences. C’est un plaidoyer pour justifier l’indéfendable : un assaut organisé contre les Druzes, par des milices tribales sunnites encouragées par un pouvoir complice.
1/ Une tentative de brouiller les pistes
Joulani évoque une “escalade entre groupes hors-la-loi et Bédouins”, comme si le chaos s’était installé spontanément, échappant à tout contrôle. Or, la vérité est que ce sont ses propres milices et ses alliés tribaux, chauffés à blanc par des prêches haineux, qui ont déclenché les massacres.
Pire encore : le discours passe sous silence les slogans entendus, où les Druzes sont traités de « porcs traîtres aux Juifs », de kouffars à exterminer, et où la promesse d’esclaves sexuelles (sabiya) est faite aux combattants.
2/ Louanges aux “tribus héroïques”
En saluant le rôle des « tribus arabes de Syrie » comme « rempart contre les menaces internes et externes », Joulani valide le recours aux milices. Il valide le principe d’une guerre confessionnelle, oppose « les tribus » à « l’État absent », puis leur attribue un rôle quasi institutionnel, tout en les appelant à se soumettre à l’État après les faits. Ce double langage est celui d’un chef de milice, pas d’un président.
3/ Une absence coupable… ou une orchestration ?
Il accuse l’absence de l’État d’avoir permis le chaos, oubliant que c’est lui qui a volontairement retiré ses forces de certaines zones, autorisant l’entrée des miliciens bedouins.
Loin d’être un effondrement de l’autorité, ce fut une stratégie délibérée. En relâchant ses chiens de guerre contre les Druzes, Joulani espérait faire plier une région frondeuse et envoyer un message aux autres minorités. Et cette manipulation a provoqué un bain de sang.
4/ Une erreur stratégique majeure
Charaa pensait que la fenêtre était idéale : tensions entre Israël et le Hezbollah, confusion diplomatique, Américains en retrait. Il a cru que le monde détournerait le regard, qu’Israël serait paralysé. Il a eu tort. Israël a volé au secours des Druzes, précisément pour éviter un massacre à l’échelle du 7 octobre, cette fois à l’intérieur de la Syrie. Dans sa volonté de frapper vite et fort, il a sous-estimé la réaction israélienne et l’indignation de la diaspora druze. Résultat : il a perdu moralement, militairement, et peut-être même politiquement.
5/ Le vernis d’un “État” qui n’existe pas
En appelant à “rétablir le prestige de l’État”, Joulani veut donner l’image d’un pouvoir central fort. Mais l’État qu’il prétend incarner n’a rien d’unitaire : c’est un ensemble de milices, d’allégeances tribales et de forces islamistes recyclées dont des factions étrangères. Cette fiction de souveraineté ne trompe personne. Il ne gouverne pas, il manipule. Il ne pacifie pas, il divise. Il n’administre pas, il sème la terreur par procuration.
La rhétorique de bourreau
Sous couvert d’un appel à la paix, ce discours est une tentative de légitimation d’un crime. Il ne dit pas un mot des disparitions, des femmes enlevées, des villages incendiés. Il ne condamne pas la haine religieuse. Il l’excuse, la dépolitise, la maquille en « initiative tribale ». C’est une folie stratégique, une dérive sectaire, un crime politique.
Ce discours doit être archivé comme pièce à conviction d’un pouvoir qui n’a rien appris de l’histoire syrienne, et qui rejoue avec les mêmes ingrédients (islamisme, tribalisation, haine des minorités) le drame irakien des années 2000. À ceci près que cette fois, la communauté internationale regarde silencieusement à commencer par la France. Et qu’Israël, seul une fois encore, a empêché le pire.
