La Syrie reste fidèle à elle-même : un pays de contradictions, de promesses inachevées et de tragédies récurrentes.
Au moment même où un accord sécuritaire historique se dessine entre Israël et Syrie — un pas que beaucoup jugeaient encore impensable il y a peu — une autre réalité s’impose, brutale et silencieuse : la guerre entre le gouvernement et les Kurdes.
C’est l’angle mort des célébrations diplomatiques.
Celui que l’on préfère ne pas voir.
Celui que l’on reporte à plus tard.
Car ce scénario, nous le connaissons déjà.
Hier, ce furent les Druzes.
Avant eux, les Alaouites.
À chaque phase de recomposition syrienne, une minorité paie le prix du moment politique, sacrifiée sur l’autel de la stabilité ou du cynisme régional.
Je l’ai dit, et je le répète : c’est maintenant au tour des Kurdes ?
Ils paient pour leur autonomie supposée, pour leur rôle passé dans la lutte contre Daech, pour leur utilité devenue encombrante aux yeux mêmes de leurs anciens alliés les Occidentaux. Ils paient surtout parce que, dans la Syrie d’aujourd’hui, la protection des minorités n’est jamais une priorité, seulement une variable d’ajustement.
Que l’on soit clair :
se réjouir d’un apaisement entre Damas et Jérusalem est légitime.
Y voir une opportunité régionale est même nécessaire.
Mais se réjouir sans regarder ce qui se passe dans le rétroviseur, ailleurs en Syrie, est une erreur morale et politique.
La paix partielle ne doit pas compenser l’injustice ciblée.
La diplomatie ne doit pas laver le sang versé dans l’ombre.
Et un accord sécuritaire, aussi important soit-il, ne saurait servir d’écran de fumée pour ne rien voir.
La Syrie avance, oui.
Mais elle avance encore en écrasant certains pour rassurer d’autres.
C’est cela, la Syrie réelle :
une terre de contrastes, où chaque éclaircie projette une nouvelle zone d’ombre.
Et tant que ces ombres seront ignorées, aucune stabilisation ne sera durable.
