Les États-Unis veulent classer les Frères musulmans comme organisation terroriste. Cette volonté confirme ce que beaucoup au Moyen-Orient savent depuis des décennies : leur stratégie repose sur l’influence idéologique avant la violence. Une méthode que j’ai observée en Syrie — et que je vois désormais se déployer en France, portée par l’extrême gauche, l’influence du Qatar et la faiblesse de nos dirigeants qui laissent ces récits prospérer.
Les Frères musulmans : une matrice idéologique avant d’être un mouvement religieux
Les Frères musulmans ne sont pas un simple courant de l’islam politique. Derrière leur vernis religieux, social ou caritatif, ils constituent la matrice idéologique d’Al-Qaïda, de Daech, du Hamas et du Jihad islamique. Ces organisations ne sont pas nées du vide : elles ont germé dans le terreau doctrinal des Frères, qui ont toujours compris que la conquête commence par les idées. Influencer d’abord, frapper ensuite. Les États-Unis l’ont compris en lançant une procédure pour désigner les Frères musulmans comme « organisation terroriste ». Ce constat, le Moyen-Orient le fait depuis plus de cinquante ans. J’ai vu cette mécanique à l’œuvre en Syrie. Je la vois aujourd’hui s’installer, sous d’autres formes, dans le débat français.
La conquête commence dans les esprits
En Syrie, comme dans l’ensemble du Moyen-Orient, ça n’a commencé par le terrorisme et les attentats spectaculaires des années quatre-vingt. Tout a commencé bien plus tôt, dans les esprits : des sermons en apparence anodins, des prêches enflammés contre la dictature, des discours victimaires relayés dans les mosquées, des associations prétendument charitables distribuant autant de récits que de nourriture, des structures éducatives façonnant les mentalités bien avant de former des combattants. Cette stratégie a été d’autant plus efficace qu’elle a été facilitée — et instrumentalisée — par le régime Assad lui-même, ce même régime qui prétendait les combattre. Dans la logique cynique du pouvoir syrien, les islamistes servaient à canaliser les frustrations, à diviser la société et à présenter au monde un choix truqué : la dictature ou le chaos islamiste. Adversaires proclamés, ils furent souvent des alliés objectifs.
Les Frères maîtrisaient la stratégie du temps long. Ils savaient qu’une révolution idéologique précède toujours une explosion politique. Islamiser les imaginaires, transformer le langage, remodeler les réflexes moraux : voilà comment ils ont préparé la confrontation. Lorsque la violence a éclaté, elle ne surgissait pas du vide. Elle avait été patiemment préparée.
En France, les idées avancent, les acteurs changent
Ce schéma, aujourd’hui, je l’observe en France. Les Frères musulmans n’y avancent pas de manière directe ; ils n’en ont pas besoin. Leur stratégie passe par des relais idéologiques et politiques qui diffusent leurs pensée sans même s’en rendre compte. L’un de ces relais est l’extrême gauche qui relaie une vision du monde étrangement proche de celle des Frères : diabolisation obsessionnelle d’Israël, suspicion légitimée à l’égard des Juifs sous couvert de “critique du sionisme”, récit victimaire absolu autour de la cause palestinienne et de la soi-disant “islamophobie”, confusion permanente entre anticolonialisme et justification du terrorisme habillé en “résistance”. Pour quiconque connaît la Moyen-Orient, cette convergence en Occident est troublante. On y retrouve les mêmes mots, les mêmes réflexes, les mêmes inversions morales … avant le basculement.
Le rôle du Qatar : une influence idéologique massive et silencieuse
La France n’est pas seulement traversée par des relais politiques des Frères ; elle est également exposée à l’influence d’acteurs étrangers. Le Qatar, allié idéologique et financier des Frères musulmans, joue un rôle central dans la diffusion de ce récit. Son arsenal médiatique — Al Jazeera, notamment AJ+, sa branche francophone pensée pour séduire la jeunesse — diffuse un discours calibré, émotionnel, victimaire, obsédé par Israël, saturé d’accusations de racisme, de colonialisme et d’islamophobie. Une partie de la jeunesse française consomme ces contenus quotidiennement sans savoir qu’elle absorbe l’idéologie d’un État qui a fait du soutien aux Frères musulmans un pilier de sa stratégie régionale.
La mollesse de nos dirigeants : l’angle mort qui laisse prospérer la subversion
Face à cela, la réaction des pouvoirs publics est d’une faiblesse déconcertante. On vocifère chaque jour contre CNews sous prétexte “d’extrême droite”, mais on ne dit presque rien d’AJ+, qui infusent en continu les thèses des Frères musulmans auprès de nos jeunes. Cette asymétrie en dit long : on attaque ce qui est politiquement coûteux, et on ferme les yeux sur ce qui est réellement dangereux.
Nombre de responsables politiques, par peur d’être accusés d’islamophobie, par calcul électoral, ou par ignorance volontaire, préfèrent détourner le regard. Ils recherchent des compromis impossibles, adoptent une posture morale abstraite et laissent les idées avancer pendant que la République recule. Pendant que certains dirigeants débattent entre eux dans des salons, l’extrême gauche occupe les universités, les cortèges, les forums étudiants. Elle façonne une jeunesse en quête d’identité, disponible pour les récits absolus et les indignations formatées. Parfois malgré elle, cette jeunesse devient le relais le plus efficace d’un discours venu d’ailleurs.
Le chaos n’est jamais un accident : c’est un objectif
À cela s’ajoute une complaisance généralisée dans l’ensemble du paysage politique. Certains ferment les yeux pour préserver une paix sociale illusoire, d’autres pour séduire des clientèles, d’autres encore par naïveté sincère. Le résultat est le même : un discours islamiste qui ne se diffuse pas par la clandestinité, mais par la normalisation, par l’habituation, par l’érosion. Le chaos n’est pas un accident dans la stratégie des Frères musulmans. C’est un objectif. Une société divisée, confuse, moralement épuisée constitue un terrain idéal. Et ce chaos idéologique, je le vois aujourd’hui s’installer en France comme il s’est installé ailleurs.
Influence avant violence : ce que l’Occident refuse encore de comprendre
Pour les Frères Musulmans, la conquête ne commence pas forcément par la violence. Elle commence par l’influence : les mots, les slogans, les indignations sélectives, les retournements moraux. Les Frères musulmans l’ont toujours su. Aujourd’hui encore, ils appliquent cette stratégie. L’extrême gauche leur sert de porte-voix ; le Qatar amplifie leurs récits ; et une partie de nos dirigeants, par prudence ou par faiblesse, leur laisse la place. Pendant que certains avancent, les autres se taisent. Pendant que les uns façonnent les esprits, les autres s’excusent de déranger.
Je parle de cela parce que je l’ai vécu. Parce que j’ai vu un pays basculer sans prendre conscience, à temps, de ce qui s’infiltrait dans son langage et dans ses réflexes. Les idées n’explosent pas d’un coup : elles s’installent, se diffusent, contaminent. La France se croit forte. Elle l’est. Mais aucune démocratie ne résiste indéfiniment à une subversion idéologique patiente, méthodique, portée à la fois par des alliés inattendus et par des dirigeants paralysés. Ce que j’ai vu en Syrie, je le vois ici. Et l’histoire, lorsqu’elle se répète, ne le fait jamais par hasard : seulement parce qu’on a refusé de la lire.