Par Faraj Alexandre Rifai
Il est difficile d’imaginer un mot plus chargé, plus haï, plus diabolisé dans le monde arabe – et aujourd’hui dans une certaine gauche occidentale – que celui de sionisme. Dans ma jeunesse syrienne, ce mot était synonyme de tout ce que nous devions détester : l’ennemi absolu, l’usurpateur, le colonisateur, le démon maquillé en victime. On ne nous apprenait pas ce qu’était le sionisme, on nous apprenait à le haïr.
Et pourtant, c’est ce mot honni que j’ai fini par comprendre, et même par revendiquer. Car le sionisme, loin d’être un projet d’oppression, est l’une des plus nobles expressions de la dignité humaine : le droit d’un peuple à revenir sur sa terre, à y renaître, à y vivre libre.
Le sionisme selon les Arabes : un fantasme empoisonné
Dans les discours officiels de nos régimes arabes comme dans les prêches islamistes ou les manuels scolaires, le sionisme est présenté comme une idéologie raciste, coloniale, née d’une volonté occidentale d’implanter un corps étranger au cœur du monde arabe. On parle d’« entité sioniste », de « projet colonial juif », de « vol de la Palestine ».
Ce discours n’a rien de spontané : il est le fruit d’un conditionnement idéologique et religieux qui a remplacé l’étude par le dogme, et la vérité par la propagande. Car même lorsque certains leaders arabes reconnaissent Israël diplomatiquement, ils refusent encore de reconnaître le sionisme comme légitime. On accepte un État par pragmatisme, ou opportunisme, mais on continue de haïr son âme.
Ce rejet du sionisme a été repris avec zèle par la gauche radicale occidentale, qui voit en Israël un nouveau “Blanc”, “colon”, “oppresseur”, et en la cause palestinienne une revanche de l’Histoire contre l’impérialisme.
C’est ainsi que le monde arabe et une partie de l’Occident se rejoignent dans une même détestation d’Israël, sur fond d’ignorance historique et de culpabilité détournée.
Le sionisme réel : une renaissance, pas une conquête
Ce que j’ai découvert en brisant ce conditionnement, c’est une tout autre histoire. Le sionisme n’est pas né du néocolonialisme, mais de l’exil, du rejet et de la souffrance. Il est la réponse historique d’un peuple persécuté depuis deux millénaires, qui n’a jamais cessé de rêver de revenir sur sa terre, et qui a fini par le faire.
J’ai découvert Herzl, et les récits des premiers pionniers. J’ai compris que ce retour n’a délogé personne, mais a transformé un désert oublié en un foyer vivant, florissant, ouvert. J’ai compris que les Juifs n’étaient pas venus voler une terre, mais retrouver la leur, souvent en l’achetant, en la cultivant, en la construisant.
J’ai aussi vu que le rejet arabe du sionisme n’était pas d’abord une solidarité avec les Palestiniens, mais une vieille haine religieuse attisée par l’échec, la jalousie, l’incapacité à accepter que des Juifs puissent vivre libres, debout, souverains.
Mon retournement : l’ennemi désigné était le miroir
Je suis né dans un monde où l’on chantait la destruction d’Israël avant même d’apprendre à lire. Le nom “Sion” m’était inconnu en dehors de sa détestation. Pourtant, en allant en Israël, en découvrant la complexité de son histoire, la diversité de sa population, la force de sa résilience, j’ai cessé de haïr, non par faiblesse, mais par lucidité.
J’ai compris que le sionisme n’était pas mon ennemi, mais peut-être notre miroir : celui d’un peuple qui a su se relever, se réinventer, sans effacer ses racines. Un peuple qui a construit un État moderne sans renier son identité. Ce que les Arabes auraient pu faire, s’ils avaient cessé de se définir par la haine de l’autre.
Le prix du mensonge
Aujourd’hui, les régimes arabes continuent de prêcher la haine du sionisme tout en négociant avec Israël. La gauche européenne, elle, brandit le mot “sioniste” comme une insulte, tout en prétendant défendre les droits humains. Mais ce mensonge a un prix : il empêche les Palestiniens d’accepter la paix, il enferme les Arabes dans un ressentiment stérile, et il alimente l’antisémitisme mondial.
Refuser de reconnaître le sionisme comme légitime, c’est refuser au peuple juif ce que l’on réclame pour tous les autres : une existence, une histoire, une souveraineté. C’est non seulement injuste, c’est hypocrite.
Mon choix
Je suis Syrien. Je suis arabe. Mais je refuse de vivre dans le mensonge hérité. J’ai choisi la vérité du sionisme, non par trahison de mes origines, mais par fidélité à ce que j’attends pour tous les peuples : le droit de vivre, de construire, d’être libre.
Le sionisme n’est pas une malédiction. Il est une victoire de la vie sur la destruction. Et peut-être, si le monde arabe le reconnaissait enfin, pourrait-il lui aussi renaître de ses ruines.
