Je ne suis pas Juif.
Et pourtant, je défends les Juifs.
Et je défends Israël, sans détour.
Je ne suis pas Druze.
Je ne suis pas Kurde.
Je ne suis pas Yézidi.
Je ne suis pas Chrétien.
Et pourtant, leur combat est aussi le mien.
Je suis né en Syrie, d’un père arabe et sunnite.
De la dite « majorité » musulmane et sunnite.
D’une mère alaouite.
Dans un univers communiste, traversé de certitudes, de silences et de tabous.
Au milieu d’un islamisme grandissant.
Je n’ai jamais vraiment épousé les croyances ni les idéologies de mes familles.
Très tôt, j’ai senti qu’elles ne répondaient pas à mes questions et à mes doutes.
Qu’elles n’expliquaient pas la violence qu’elles semblaient justifier, expliquer voire parfois encourager.
Qu’elles l’excusaient.
J’ai grandi dans un pays où la religion devenait un instrument.
Pour haïr et détruire.
Pas pour élever, apaiser ou rassembler.
Pour haïr et détruire.
Pas pour éclairer les consciences ni protéger les âmes.
Un outil pour classer les êtres.
Pour hiérarchiser les vies.
Pour décider qui mérite le respect, et qui peut être méprisé.
Enfant, adolescent, on me voyait comme sunnite à cause de mon nom.
Personne ne savait que j’étais aussi alaouite.
Personne ne savait que, déjà, j’écoutais en silence.
J’ai entendu la haine contre les alaouites.
Contre les Druzes.
Contre les Kurdes.
Contre les Chrétiens.
Contre les Juifs.
Dans ce monde-là, celui qui n’était pas musulman sunnite, version islamisée, était
Hérétique.
Déviant.
Mécréant.
Impur.
On l’appelait kafer (Kouffar)
On le plaçait en dehors de noter humanité.
Il représentait le diable.
Il blasphémait notre prophète et notre dieu.
Alors,
On justifiait son exclusion.
Parfois sa disparition.
Toujours son humiliation.
Ils étaient “sales”, “maudits”, “impurs”, par défaut.
Parce qu’ils n’étaient pas sunnites.
Coupables d’exister autrement.
Parce qu’ils n’étaient pas “dans la ligne”.
Cette injustice-là m’a façonné.
Elle m’a révolté.
Elle m’a éveillé.
Pour au final, m’a sauvé de cette haine.
Ce sont ces blessures silencieuses, les miennes et surtout celles des autres, qui ont nourri mon cheminement.
Celles qui m’ont poussé à écrire, à témoigner, à raconter.
Dans Un Syrien en Israël.
Dans Grandir ailleurs.
Et ailleurs encore.
C’est pour elles que, aujourd’hui, je défends
les Alaouites,
les Druzes,
les Kurdes,
les Chrétiens,
les Yézidis,
les Juifs.
Et les autres.
Tous les Syriens.
Par fidélité.
Fidélité à l’enfant que j’étais.
À celui qui voyait l’injustice sans savoir encore la nommer.
Au doute qui grandissait en moi.
Oui, ça aurait été tellement plus simple.
Plus simple de rester dans le confort de la majorité.
De reprendre le discours dominant.
De cautionner aujourd’hui un régime islamiste soutenu par une partie de la “communauté internationale”.
D’être anti-israélien par réflexe.
De justifier les violences contre les minorités au nom de “l’unité” et du “patriotisme”.
De relayer la version officielle, applaudie par les arabisants de salon.
J’aurais pu.
Beaucoup l’ont fait.
Moi, non.
J’ai choisi de regarder la haine dans les yeux.
Même quand elle venait des miens.
Même quand elle venait de mon camp.
Même si elle semble avoir la reconnaissance du monde entier.
J’ai choisi de la dire.
De l’exposer.
De la combattre.
Ce choix a un prix.
On m’a traité de traître.
On m’a marginalisé.
On m’a caricaturé.
On a moqué mon handicap.
On m’a accusé de jouer un rôle.
D’être un “comédien”.
Ceux-là mêmes qui parlent d’un pays qu’ils ne connaissent pas.
D’un peuple qu’ils n’ont jamais écouté.
D’une haine qu’ils sont incapables de déchiffrer.
Tellement ils sont déconnectés, aveuglés par une vision fantasmée d’un Orient lointain.
De conflits qu’ils observent à distance.
Je parle de ces Arabisants de salon.
Je parle de ces groupies qui ne supportent la critique d’une décision politique d’un Président.
Je parle de ces soutiens aux islamistes qui maltraitent tout ce qui n’est pas dans leurs dogmes.
Je parle de ces soutiens aux islamistes qui justifient la mort et la haine, au nom de de l’humanisme.
Moi, je n’ai jamais voulu être du bon côté des applaudissements.
J’ai toujours voulu être du côté de la vérité.
Même quand elle dérange.
Même quand elle isole.
Moi, je n’ai cherché l’approbation de personne.
J’ai cherché à rester du côté de ceux qu’on voulait faire taire.
De ceux qu’on voulait effacer.
De ceux qu’on voulait salir.
Parce que se taire face à l’injustice.
Ce n’est pas de la neutralité.
C’est déjà une forme de complicité.
Et je n’ai jamais su renoncer.
