La paix pour se maintenir ? Ce que cache l’accord entre Ahmad Al-Sharaa et Israël
L’information a fait l’effet d’un séisme dans la région : Ahmad Al-Sharaa, président du nouveau régime syrien, aurait rencontré à Abou Dhabi le conseiller israélien à la Sécurité nationale, Tzachi Hanegbi, pour poser les bases d’un accord inédit.
Au menu : reconnaissance du contrôle israélien sur le Golan, création de zones démilitarisées dans le sud syrien (Deraa, Quneitra, Soueïda), retrait des armes lourdes syriennes, maintien symbolique d’une police locale faiblement armée.
Sur le papier, c’est une avancée spectaculaire. Mais une question fondamentale reste posée : les islamistes syriens, cherchent-ils la paix ou simplement à survivre politiquement ?
Une paix par calcul, pas par conviction
Le régime syrien d’Ahmad Al-Sharaa est fragile. Il doit sa survie à des compromis successifs : hier avec les islamistes, aujourd’hui donc avec Israël ?
Selon les termes mêmes de l’accord, il ne s’agit pas d’une conversion idéologique, mais d’un pari tactique pour se maintenir au pouvoir. Damas cherche à préserver son pouvoir, à écarter les menaces intérieures et à bénéficier du soutien américain et israélien pour se stabiliser.
C’est donc une paix d’opportunité, pas une paix d’adhésion. Dans les accords entre états cette dimension peut être légitime et compréhensible. Mais quand il s’agit d’une équipe gouvernementale issue des milices islamistes qui jadis promettait la mort à Israël, cette conversion rapide ne peut que poser des questions.
La vraie question : la reconnaissance d’Israël
Dans mes échanges avec de nombreux Syriens, certains sont des fervents soutiens d’Al Sharaa, j’entends souvent cette phrase :
« Nous voulons la paix, parce que nous voulons vivre. Assez de guerres, nous voulons nous développer. »
C’est noble.
Mais la vraie paix ne consiste pas seulement à arrêter de tirer.
C’est comme pour avoir un totem d’immunité alors qu’au fond ils ne reconnaîtraient pas la légitimité du peuple juif sur sa terre.
La véritable paix exige de reconnaître l’autre dans son droit d’exister.
Israël est-il vu par ces élites syriennes, et plus encore par la rue syrienne, comme un peuple autochtone légitime, enraciné historiquement, patrimonialement et religieusement sur cette terre ?
Ou bien reste-t-il perçu comme une « injustice à effacer », un « corps étranger », une « occupation temporaire » ? Avec laquelle on s’accommode pour se maintenir ?
Tant que cette reconnaissance profonde n’existe pas, il ne peut y avoir qu’une paix fragile, temporaire, intéressée.
L’islamisme, toujours là
Même si le régime syrien d’aujourd’hui veut se montrer modéré, la culture islamiste et anti-israélienne reste bien vivante dans les rues syriennes. Des milices pro régime continuent de crier leur haine de l’occident et d’Israël. Des générations ont été élevées dans cette haine. Certaines milices continuent même de massacrer les Alaouites.
Qui garantit que cette haine sera combattue, et non réactivée au premier retournement géopolitique ?
Une paix utile, mais encore incertaine
Je soutiens toute initiative sincère de paix. Et si cet accord fait en sorte que des islamistes changent de costumes, deviennent vraiment des modérés , voire rejettent l’idéologie de haine et de refus, ce serait déjà un pas en avant.
Mais soyons lucides :
Ce régime est-il capable d’éteindre les braises qu’il a lui-même allumées ?
Cette paix est-elle durable ou simplement une pause stratégique ?
L’histoire de la région nous a appris à ne pas confondre les paix sincères et les trêves opportunistes.
Le vrai défi commence maintenant
La signature d’accords est facile. La transformation des mentalités est autrement plus difficile.
C’est là que tout se joue :
La Syrie est-elle prête à reconnaître Israël comme une nation légitime et pérenne ?
Est-elle prête à lutter contre la haine dans ses écoles, ses mosquées, ses médias ?
Tant que ces questions restent sans réponse, la paix restera un mirage.
